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L' « insociable sociabilité », soit l’antagonisme entre les penchants qui poussent simultanément l’individu à vouloir entrer en société et à s’en séparer, trouve un écho teinté d’humour dans le travail de Flora Citroën, au croisement de la vidéo, de l’installation et de la performance.

Cette dualité est matérialisée de la façon suivante : d’un côté, des vidéos où l’avatar de l’artiste, Gloria, face caméra, nous livre ses stratégies pour se soustraire aux conventions collectives et aux différents clans auxquels elle a précédemment prêté allégeance ; de l’autre, des installations chatoyantes composées d’objets, de céramiques et de patchworks, comme autant d’hétérotopies sous le signe de l’hospitalité, ouvertes à la création de communautés éphémères. Au fil de ses soliloques, entre narration, auto-fiction et psychosociologie, Gloria glisse d’un positionnement à un autre, tout en cherchant à embrasser ses contradictions et ses multiples identités. Les installations dans lesquelles ces monologues-filmés sont insérés semblent répondre aux questionnements qui s’y jouent : comment vivre ensemble, quand les utopies et les idéologies collectives se sont effondrées ou se révèlent oppressives, sinon par l’invention de nouvelles communautés affectives, toujours temporaires et fluctuantes, au gré des inclinations individuelles ? La polarité au cœur du travail de Flora Citroën trouve ainsi une possible résolution dialectique, loin de tout autoritarisme.  


Sarah Ihler Meyer